Le Chemin Elégant 27: réflexions sur les sentiers vers Compostelle

Au fondement du Camino:

Force, Patience et Courange,

Dans l’Amour, le Partage et le Pardon

Sur le Chemin de Ta Sagesse,

Avec Joie et Bienveillance

 

JJSC, 2017

Le Chemin Elégant 26: réflexions sur les sentiers vers Compostelle

Le Chemin me rappelle que l’oxygène est notre premier aliment; et le Chemin me rappelle que l’Espérance est notre premier oxygène; et le Chemin me rappelle que l’Amour est notre première Espérance. Alors une nouvelle bouffée d’air dans mes poumons, alors une autre bouffée d’air dans mes poumons: et à chaque inspiration je me remplis d’Espérance; et à chaque expiration j’exprime l’Amour dont je suis capable et en Son Nom la peur s’efface, la douleur s’évapore et je deviens tout entier la certitude que le meilleur reste encore à venir.

Debout sur le Mont de la Joie -Monte do Gozo- j’avance en direction du Saint Sépulcre mais en Vérité il me va falloir une fois encore dévier du Chemin… Je ne tiens pas à entrer par la Porta do Camiño: je préfère longer la Rua da Porta da Pena -la rue de la Porte de la Peine- et y laisser le sac de fardeaux que tant d’étrangers m’ont confiés alors que personne n’avait parié sur mon arrivée.

JJSC, 2017

Le Chemin Elégant 25: réflexions sur les sentiers vers Compostelle

Le Chemin est mon lieu de prière : le Chemin est ma prière : en quittant mon quotidien j’ai quitté les goûts de la foule et désormais je suis seul au monde : seul en Lui, par Lui et avec Lui et dans cette solitude je deviens l’univers tout entier car en Lui, par Lui et avec Lui, il ne subsiste plus de frontières, de séparations, d’éloignements.

C’est dans cette solitude que je deviens moi-même et que ce moi disparaît : ainsi, dans le recueillement radical je rencontre l’autre. Les foules rassemblées, les festins voués à se transformer en orgies, les interconnexions partagées dont on ne se déconnecte plus : tout cela vient d’une modernité qui dès le premier jour m’aliène. C’est ici, sur ce Chemin, que je renoue avec la Simplicité et cette Simplicité m’ouvre les portes de l’Eternité.

J’ai prié mille ombres du passé et j’ai attendu leur réponse : et c’est jusqu’ici qu’elles m’ont transporté : mon ermitage, je le pressens, sera édifié sur ces rochers face à la mer informe et multiforme… Et je serai chaque soir le témoin du soleil qui s’en vient y mourir et à chaque matin je serai le témoin du soleil qui renaît par-derrière ces collines couvertes de pins.

J’ai voulu éprouver mes tripes et faire tomber les apparences : suis-je le mouton derrière un berger quelconque ou bien suis-je un homme pressé de se mettre en marche parce que le confort l’éteint ? J’ai tenu tous les discours y compris leurs contraires et je désire connaître le Vrai : celui qui s’exprime dans le silence qu’exige l’effort.

 

JJSC, 2017

Le Chemin Elégant 24: réflexions sur les sentiers vers Compostelle

S’il est vrai qu’un cœur bon s’emporte contre les injustices, il est faux et vain et vaniteux de combattre ces injustices chez les autres : je garde mes pierres dans la poche et m’abstient de lancer les fautes : je n’aurai à craindre de rendre des comptes que de ma propre vie et de mes propres choix et jamais il ne me sera demandé mon avis sur les autres ni sur les choix que les autres décident ou non d’assumer. Si quelque chose de l’extérieur vient exciter ma colère, cette colère n’est saine que dans la mesure où elle me renvoie à une forme extérieure de tempérance : le Pardon… Et cette colère n’est saine que dans la mesure où elle me permet de corriger, au-dedans, mes propres erreurs car cette colère s’élève en reflet, en miroir, rappelant à la bête qui m’habite que tout jugement est pour elle un aliment de première qualité et la fait baver.

Je ne m’énerve jamais que contre mon propre potentiel d’injustice et il est venu le temps de travailler à retirer la poutre qui obstrue mon œil et limite mon regard sans me préoccuper de la paille dans l’œil du voisin. Il est venu le temps d’abandonner mes résistances et d’assumer et de célébrer en applaudissant de Joie les Belles Choses et les Belles Personnes et les Belles Actions : en miroir là encore : et devenir le reflet constant de ce qui se fait de meilleur.

 

JJSC, 2017

Ivresse du Matin

La ville s’endormait enfin dans les aboiements de voitures enfilées les unes derrière les autres :

Un orchestre d’automobiles lumineuses, d’automobiles vaporeuses, donnait,

Au centre de cette place ardente, pouls excité d’une cité bientôt désertée,

Et pour qui voulait bien l’entendre,

Un concert de ferraille, de cascades d’eau, de cruches renversées, de squelettes dansant et buvant autour d’un cortège macabre.

La rue s’élevait, se contorsionnait, se nouait, se courbait puis s’écrasait dans le fracas de ce peuple

Sortant d’un métro essoufflé où l’air frais dégoûtait presque,

D’une taverne dégageant une forte odeur d’alcools dans les voix de ceux

Qui pariaient leurs bières ou leurs vins sur des tables de jeu,

Revenant vers un hôtel, un appartement, un lit,

Une nouvelle taverne encore ouverte,

Se séparant ou se rejoignant pour terminer la nuit sous une épaisse fumée verte

De bars interdits, caressés par les seins en papier de poupées déformées,

Bercés par les voix mélancoliques de vieilles chanteuses oubliées,

Retirées des lieux trop publics, retraitées du fracas populaire.

Désormais et à jamais,

La foule se meut, houle de plusieurs millions de litres,

Marée en déplacement,

Elle vit et s’ébruite, trace son chemin,

Emportant dans son cri tout le monde esclave

Comme un glacier qui se dérange.

Le peuple se déplaçait :

Troupeau malade, suivant le fracas tumultueux, rapide et assourdissant,

Qui s’avançait, s’avançait à pas lents et paresseux,

S’avançait sur un bitume amèrement refroidi par les breuvages de la nuit.

Les phrases sonnent, résonnent dans la tête,

Se multiplient, en engendrent d’autres plus longues encore

Et se répètent à l’infini,

Créant un nouvel ordre à chaque écho…

Mais plus aucune phrase n’est répertoriée, classée,

Plus aucune phrase ne reconnaît son sens :

Mots confus entendus, pas même déchiffrés :

Sonorités des matins d’angoisse.

Besoin d’évasion.

Juan José Sixto Canosa, Le Ballet de Salomé

Le Chemin Elégant 23: réflexions sur les sentiers vers Compostelle

Il est absolument normal qu’un cœur ouvert sur le Beau reconnaissent les belles choses et répugne à accepter la laideur, soit attiré par les belles personnes et deviennent l’ennemi des cœurs laids ; il est absolument normal qu’un cœur ouvert sur le Bon s’emporte contre les injustices et n’accepte aucun flatterie provenant des vermines, combatte les fourbes et soit constamment discrédité aux yeux des crapules ; il est absolument normal qu’un cœur ouvert sur le Vrai chasse vigoureusement de son environnement l’ignorance et le consentement au mensonge.

Il est absolument normal qu’un tel cœur soit constitué de santé et de longévité.

 

JJSC, 2017

Le Chemin Elégant 22: réflexions sur les sentiers vers Compostelle

Si je résiste, ma part d’Esprit s’obsède et se ferme aux solutions alternatives, je m’aveugle et me limite. Sans résistance, ma part d’Esprit s’ouvre et de nouvelles probabilités s’y déversent, dévoilant de nouvelles perspectives au seuil de nouvelles possibilités: au Seuil de La Création.

Juan José Sixto Canosa, 2017

Genèse

1.

Je restais seul devant le rideau.

L’unique souvenir encore vivant aujourd’hui dans mes pensées ne s’abat sur moi que sous la forme d’une unique question : à quoi ressemble le printemps dans un désert ?

2.

Rideau pourpre :

Pourpre comme le sang bouillonnant, fatigué,

Le sang versé d’une corrida sur le flanc noir d’un animal vacillant, fou.

Rideau pourpre blessé par l’estocade de la lumière,

Je saignais des ombres.

3.

A quoi ressemble le printemps dans un désert ?

Cette question jaillissait du flanc de l’animal mutilé,

Ensanglanté,

Portée par le dos de ces ombres ;

Elle pénétrait à l’intérieur de ma conscience,

Résonnait et se prolongeait à travers l’écho…

Rebondissant contre les parois du couloir :

Contre les parois de ma mémoire.

A quoi ressemble un printemps dans le désert ?

Jean Joseph Sixto, 2017